mardi 22 mai 2012

Dans une boîte de clous


Dans une boîte de clous j’ai trouvé
L’histoire d’une poignée de colons
Qui sont venus là sans jamais penser
Qu’ils y venaient pour fonder une nation

Dans une boîte de clous j’ai trouvé
La grandeur de ce rêve fondateur
Et par la forme de clous décorés
J’ai vu resplendir la gloire et l’honneur

Dans une boîte de clous j’ai trouvé
L’élégance de l’ouvrier agricole
Qui dans sa vie en aura échappé
Quelques dizaines sur le sol

Dans une boîte de clous j’ai trouvé
Le souvenir d’un grand-père éloigné
Qui jouait de son marteau fort usé
Pour enseigner à ses fils son métier

Dans une boîte de clous j’ai trouvé
Toute une histoire pour ma descendance
Et ceux qui cherchent à nous les enlever
Ne pourront jamais en saisir le sens

Car
Dans cette boîte de clous se trouvait
La mémoire de la nation
Et ils sont de ceux qui préféreraient
Qu’on en efface jusqu’au nom

Je n’ai pas beaucoup la tête à réfléchir ce soir, mais je suis tout de même retombé sur ce texte que j’avais laissé traîner sur mon bureau. Je me souviens l’avoir pensé (dans la douche, pour ceux qui veulent se rincer l’esprit), l’avoir mis sur papier, puis l’avoir trouvé moyen. Je l’ai donc laissé traîner, me disant officiellement que j’allais y revenir, croyant quelque part dans le fond de ma tête que je le laisserais sans doute incomplet. J’ai un ou deux autres textes du genre qui traînent ici et là, que je devrais peut-être tenter de retoucher, mais qui m’inquiètent – j’ai peur que si j’y retouche, le résultat ne soit pas à la hauteur de mes attentes…

Je me suis mis à relire celui-ci ce soir et, ma foi, il n’était pas si pire que ça. J’ai fait sauter une ou deux strophes, j’en ai ajouté une autre, ce qui en a amélioré la progression. J’ai retravaillé la longueur des vers pour garder un rythme constant. Le propos me semble moins fort que ce que j’aurais aimé, mais je peux vivre avec.

Ce propos est inspiré des récentes compressions à Parcs Canada, affectant massivement le centre de service de Québec et particulièrement l’équipe archéologique, et le déménagement des collections archéologiques de Québec vers la région d’Ottawa (sur la rive est de l’Outaouais, attaboy, me voilà tellement plus heureux!). Je voulais signifier un au revoir à ces collections, qui permettent de mieux comprendre le passé, de mieux documenter notre Histoire (ou permettaient, c’est selon, seul le temps le dira, ce qui est ironique parce que d’habitude ce sont elles qui disent le temps mais bon tant pis, c’est juste des clous et puis, tiens, enfermés dans un gros entrepôt ils retrouveront peut-être leur fonction première, soit de fermer des caisses, ce qui est joyeux, j’imagine, pour un clou, en train de rouiller à l’abri des regards, que de retrouver sa fonction). Sans équipe affectée à leur étude, et une équipe réduite chargée de les conserver, ces objets s’enfouiront sans doute tranquillement dans l’oubli. Et perdre son passé, c’est beaucoup perdre son identité. Et perdre son identité, c’est beaucoup hypothéquer son avenir.

Mais, bon, je l’ai dit, je n’ai pas la tête à réfléchir.

4 commentaires:

  1. Tu sais quoi? Ce poème, c'est mon préféré. Je le trouve très touchant. Parce que nous, archéologues, on s'écoeure de les compter les clous, mais un objet si simple, si banal et commun, nous en dit tellement long. Je trouve que tu illustres très bien l'importance du passé jusqu'à ces éléments qui peuvent paraître anodins. Je peux partager sur mon FB?

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    1. Merci beaucoup Vanessa, pour ceci et tous tes autres commentaires. Mon idée était là: partir d'un objet qu'on ne regarde pas, et de montrer qu'on pouvait vouloir le voir...

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  2. Bonsoir Vanessa,

    je partage ton très beau poème avec tous mes amis.

    Ciao !

    Raymond

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    1. Merci monsieur, et merci de partager!
      Louis

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